Ces vacances gâchées par un passeport non renouvelé

Pour le Défenseur des droits, ces difficultés de renouvellement de papiers d’identité ne sont pas inédites.
DÉCRYPTAGE - Après deux ans de Covid-19, les demandes de papiers d’identité ont explosé, et les délais avec. Quitte à priver certains de voyage cet été.

Professeur de physique-chimie dans un collège parisien, Anthony souhaitait présenter cet été son bébé de 8 mois à sa famille en Martinique. Pour lui obtenir un passeport, il a fait une demande de rendez-vous dès le mois de février, a trouvé un créneau pour le mois de mai et prévoyait de partir en juillet. Mais le passeport n’est jamais arrivé et, après avoir décidé de reporter son voyage une première fois moyennant quelques centaines d’euros, le quadragénaire s’est résigné à abandonner ses vacances familiales. Comme Anthony, cet été, nombreux seront les Français à renoncer à partir voyager, faute de passeport arrivé à temps.

Et pour cause, chaque semaine, 115.000 nouvelles demandes de passeport sont enregistrées, soit une hausse de 30% par rapport à 2019. Anne-Gaëlle Baudouin, directrice de l’Agence nationale des titres sécurisés (ANTS), reconnaît que, après les confinements et à l’approche des vacances, les préfectures et les mairies font face à une recrudescence des demandes. Mais deux mois après la mise en place d’un plan d’urgence par le ministère de l’Intérieur, elle assure que «le nombre de demandes se stabilise»: «Nous avons ouvert 400 dispositifs d’accueil supplémentaires partout en France. Un réel effort a été fait.» Toutefois, ce sont principalement les communes disposant déjà de dispositifs d’accueil qui ont pu profiter de l’ouverture de créneaux supplémentaires. «Ouvrir une nouvelle ligne sécurisée suppose une installation par Orange, qui prend du temps. Nous voulions aller vite, car tout le monde a conscience que l’objectif majeur est que les gens puissent partir en vacances», précise la directrice de l’ANTS.

«Manque d’anticipation»

Ses «seules vacances de l’année», justement, Eva, 29 ans, vendeuse en Seine-Saint-Denis et mère de trois enfants, ne pourra pas en profiter en Turquie, comme elle l’avait prévu, faute d’avoir pu renouveler le précieux sésame à temps. Quant à Anne, une chef d’entreprise quadragénaire, elle n’a même pas pu inscrire son fils en colonie de vacances. «Après avoir déjà renoncé à aller voir notre famille au Sénégal, faute de passeport pour lui», raconte-t-elle.

Pour le Défenseur des droits, ces difficultés de renouvellement de papiers d’identité ne sont pas inédites. «Il y a un manque de couverture au niveau national. Pour certains, la première commune dans laquelle ils peuvent déposer un dossier est à plus de 50 kilomètres.» Or, face à l’afflux de demandes, «certaines communes refusent de les prendre en charge parce que ces personnes n’y résident pas. Nous sommes là pour rappeler que c’est discriminatoire». Le Défenseur des droits est très régulièrement saisi sur ces questions: «Nous avons le cas d’un père de famille contraint d’aller à 200 kilomètres de chez lui pour faire faire le passeport de son nouveau-né. Grâce à une médiation, il a finalement pu trouver un rendez-vous près de chez lui. Aujourd’hui, un certain nombre de Français vivant à l’étranger nous contactent aussi, car ils n’arrivent pas à obtenir de rendez-vous auprès du consulat afin de pouvoir rentrer en France.»

Face à ce qu’il nomme «un manque d’anticipation», le Défenseur des droits explique avoir saisi le ministère de l’Intérieur et le ministère des Affaires étrangères, sans pour l’heure obtenir de réponses.


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